Infertilité

La nature

J’aime la nature, cette réalité considérée comme indépendante de l’activité et de l’histoire humaines. Les randonnées dans la montagne, loin de toute civilisation, me mettent en joie : je me sens toute petite dans l’immensité d’une forêt ou d’un paysage rocailleux, un élément parmi d’autres dans un écosystème complexe.

Mais la nature, je l’ai aussi détestée, parce qu’elle me montrait la fertilité du monde, les fleurs, les oisillons, la prolifération des graines produites par les arbres, mais refusait de me donner un enfant. Puis, j’ai réfléchi à ce que cela voulait dire, d’accuser « la nature ». Est-ce que je crois qu’une déesse se tient au-dessus de moi et décide de mon destin, tenant dans sa main une poupée vaudou ? Pas du tout. Je ne crois pas qu'une chose telle que « Dame Nature » existe. Je réfute même cette formulation anthropomorphique et finaliste. Il n’y a pas de méchante sorcière. Il n’y a qu’un ensemble de lois biologiques et de hasards.

À une époque où la place des religions dans notre société s’effrite, cette formulation m’interpelle. Alors que beaucoup ont perdu la foi en un Dieu, justement parce que le mal existe, nous continuerions à croire en une force transcendante appelée « nature » ?

À mon sens, il ne peut exister de justice ou d’injustice quand on parle de nature. Un couple infertile, une personne porteuse de handicap ou atteinte d’une maladie neuro-dégénérative, n’est pas victime d’injustice. Dire cela, c’est impliquer que nous devrions être récompensés pour ce que nous faisons ou ce que nous sommes par cette fameuse « nature ». C’est aussi dire que la fertilité ou une bonne santé nous sont dus.

Tout ce qui nous arrive n’a pas forcément de raison d’être. Il y a des femmes qui dirigent tous leurs efforts pour avoir un enfant et n'en auront jamais, et d'autres qui tombent enceintes sans l'avoir voulu. L’arbitraire est la norme en ce monde. Nous pouvons essayer de compenser cela par notre intelligence, avec la médecine, mais il nous faut parfois accepter d’être impuissants.

Penser ce problème m'a permis de me réconcilier avec la nature. Oui, je continuerai à l'aimer pour ce qu’elle offre de beau, sans plus m'étonner des dysfonctionnements qui en sont partie intégrante : les animaux que je peux voir s’affairer depuis mon balcon, la forêt dans laquelle je me perds, l'arbre centenaire qui m’offre son ombre, les couchers de soleil rougeoyants qui enchantent la fin de ma journée de travail ou encore les parois rocheuses vertigineuses que j'admire quand je randonne en montagne.

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Léa

Ce que j'aime : la musique et le chant, les livres, les langues et les voyages, la montagne et plus généralement la nature, sans oublier les après-midis passés à cuisiner en écoutant la radio.

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