Infertilité

Les années passent

J'ai eu 34 ans récemment. Coïncidence sans doute, le jour de mon anniversaire, je me suis sentie fatiguée comme jamais. Vieille ! Alors que je ne pense pas l’être, même si, lentement, l'âge avançant rend une grossesse spontanée de moins en moins probable.

Je me suis rendu compte il y a peu qu’il m’était toujours extrêmement douloureux de constater qu’une femme que je connais attend son premier enfant : cela provoque chez moi une sensation de vide, me ramène 4 ans en arrière, au moment où, dans ma grande naïveté, je pensais devenir mère bientôt. Au moment où ma vie a basculé vers ce « chemin parallèle », moins parcouru, de la vie de femme qui n'aura pas d'enfant. Une fois le choc passé et la nouvelle acceptée, j'intègre cet enfant dans mon « monde », il fait partie de mon cercle de connaissances et ne me rappelle plus ma propre perte. J'internalise le fait que mon amie est mère et cela devient normal à mes yeux. Mais recevoir l'annonce de grossesse, cela reste difficile. Mon expérience m'a brisée, elle m'a rendue comme dysfonctionnelle pour répondre à ce que la majorité considère comme une bonne nouvelle.

Il est toujours bon de tirer un bilan du temps qui passe si vite. Si je regarde en arrière, voici ce qui a changé aujourd’hui par rapport au jour de mes 33 ans.

Je peux m’exprimer sur mon blog, un moyen pour moi de rendre visible l’invisible : le fait que je suis une « mère sans enfant » et que je fais un travail de deuil.

Ma famille et les amis qui me sont chers font l’effort de lire mon blog.

Je suis en contact avec des personnes des quatre coins du monde qui partagent ma sensibilité et mon vécu. Par l’intermédiaire d’Internet en général, mais le hasard a fait que j’ai eu la chance de rencontrer en personne Klara qui a eu la bonne idée d’avoir un déplacement professionnel à Paris en même temps que moi.

L’échec de la PMA commence à devenir plus visible dans les médias, par exemple grâce à cet article du Figaro dans lequel mon blog a même été cité.

Je n’espère plus chaque mois être enceinte, ce qui m’évite un ascenseur émotionnel délétère pour ma santé psychologique.

Je ne souffre plus des effets des traitements.

Nous profitons avec mon mari de notre vie à deux du mieux que nous pouvons, en nous concentrant sur ce que nous avons et non sur ce que nous n'avons pas.

Je ne cache plus ma situation à mes interlocuteurs, même ceux que je connais moins. Quand quelqu’un me dit : « Tu verras, quand tu auras des enfants… », je n’hésite plus à l’interrompre et à lui dire que je ne verrai sûrement rien du tout, parce que mon mari et moi ne pouvons pas en avoir. Je n’ai plus honte et je ne me sens plus obligée de me justifier, parce que j’ai accepté que mon futur ne correspondra peut-être pas à la norme. C’est une vraie différence avec le silence que je gardais quand je me sentais en phase de « transition », jusqu’à ce que l’arrivée d’un enfant régularise ma situation.

J’ai accepté le fait que certaines personnes ne comprendront jamais ce que je traverse et que ce n’est pas pour autant que je dois couper les ponts avec elles.

Ma belle-famille sait enfin pourquoi nous n’avons pas d’enfant, ce qui me permet de me débarrasser d’une image de belle-fille carriériste et qui n’aime pas son mari – les préjugés ont la vie dure.

J'ai recommencé à prendre des cours de chant.

J'ai à nouveau le contrôle de mon emploi du temps au travail et ne dois plus inventer mille excuses à mes retards. Je m'autorise à réfléchir à changer de travail pour voir autre chose, sans me dire que l'arrivée éventuelle d'un enfant rend ce projet impossible.

Pour la première fois, mes amis et ma famille me souhaitent pour mon anniversaire autre chose que la réalisation de mon rêve de maternité, d'autres épanouissements et de nouvelles perspectives. Quelle joie de les lire : ils ont tout compris.

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Léa

Ce que j'aime : la musique et le chant, les livres, les langues et les voyages, la montagne et plus généralement la nature, sans oublier les après-midis passés à cuisiner en écoutant la radio.

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