Musique

Opéra français

Cette année, j’ai assisté à la représentation de trois opéras français.

Le premier est le plus connu : Les contes d’Hoffmann du compositeur franco-allemand Jacques Offenbach, créé en 1881 à l’Opéra-Comique de Paris, sur la base d’une pièce de théâtre inspirée du conteur E. T. A. Hoffmann. Offenbach a composé cet « opéra fantastique » à la fin de sa vie. Bien qu’il comporte des éléments qui ont trait à la farce (comme l’air « Jour et nuit je me mets en quatre »), il contraste avec le reste de l’œuvre chantée d’Offenbach – des opéras bouffes traitant de sujets légers – et constitue son opéra le plus tragique. Il met en scène le poète Hoffmann, tiraillé par des histoires d’amour malheureuses et ses difficultés à trouver l’inspiration. Au cours d’une soirée bien arrosée, il raconte à ses amis étudiants ses échecs amoureux, mettant en scène trois archétypes de femmes (et toujours, aussi, un homme incarnant le diable qui le précipite dans le malheur) :
• La première est Olympia, la poupée froide – en réalité un automate qu’Hoffmann croit humaine et qui le charme par son numéro de haute voltige, le célèbre air pour soprano colorature « Les oiseaux dans la charmille ».
• La seconde est Antonia, l’artiste sensible et fragile qui meurt pour son art, en interprétant son air pour soprano lyrique « C’est une chanson d’amour ».
• La troisième est la courtisane calculatrice Giulietta et sa Barcarolle pour soprano dramatique « Belle nuit, ô nuit d’amour ».
C’est finalement la muse de la poésie (une mezzo-soprano, rôle travesti oblige), qui accompagne Hoffmann pendant toute la pièce déguisée en étudiant, qui finit par gagner le cœur d’Hoffmann : « Renais poète ! Je t'aime, Hoffmann ! Appartiens-moi ! ».
Les chœurs jouent un rôle conséquent dans l’opéra, partagés entre celui des étudiant (« Drig ! drig ! drig ! à nous ta bière ») et de la société bourgeoise (« Non aucun hôte, vraiment, ne reçoit plus richement »).
L’opéra est souvent représenté dans différentes variations car Offenbach, à sa mort, n’avait pas fini de le composer. Certains airs ne sont pas d’Offenbach, de même que les récitatifs chantés remplaçant parfois les dialogues parlés, ou encore l’instrumentation.

Beaucoup moins connu, le deuxième opéra est « Dialogues des Carmélites » du compositeur français Francis Poulenc, qui a composé des œuvres profanes poétiques et nostalgiques, mais également des œuvres religieuses très graves. L'action de l'opéra, créé en 1957 sur un livret de Georges Bernanos, prend place au moment de la Révolution française. La jeune aristocrate Blanche de la Force est entrée dans l’Ordre du Carmel par peur du monde (une peur héritée de sa mère morte en couche en lui donnant la vie). Elle fera partie des seize Carmélites de Compiègne exécutées en 1794 sous la Terreur pour cause de fanatisme et de sédition.
Cet opéra, véritable illustration du martyre et dénonciation de la Terreur, est le plus puissant et formidable (au sens premier du terme) que j’aie jamais vu. Deux scènes en particulier m’ont terrifiée :
• La mort de la première prieure du Carmel, dans une mise en musique de la peur jamais égalée à mon sens. Une peur incompréhensible pour une religieuse qui a vécu dans la foi toute sa vie.
• La scène finale, où les Carmélites vont paisiblement vers leur atroce mort, y compris la craintive Blanche (on comprend alors que la première prieure a vécu la mort de Blanche pour qu’elle-même puisse mourir en paix). La musique est saisissante, les instruments sont accompagnés du bruit de la guillotine, et le « Salve Regina » entonné par les religieuses s’amenuise au fur et à mesure que leurs voix se taisent.

Le dernier opéra, dans un tout autre genre encore, est celui du compositeur Claude Debussy, Pelléas et Mélisande, créé en 1902 sur la base de la pièce de théâtre symboliste de Maurice Maeterlinck. Cette pièce est une transposition de l’histoire de Tristan et Isolde : Le prince Golaud s’est perdu dans la forêt où il chassait et trouve Mélisande en pleurs au bord de l’eau. Cette dernière, craintive et traumatisée, accepte de le suivre. Mariée à Golaud, Mélisande tombe peu à peu sous le charme du demi-frère de Golaud, Pelléas. Leur amour avive la jalousie de Golaud, ce qui précipite leur mort.
J’ai lu dans certaines critiques que cet opéra était réputé pour être l’un des plus ennuyeux du répertoire. Il ne s’y passe pas grand-chose, l’action est comme intemporelle et les personnages sont insaisissables : on ne connaît rien de leur passé, Mélisande reste jusqu’à sa mort un mystère.
Et pourtant, je ne partage pas ce jugement car la musique m’a complètement envoûtée : un vrai tableau impressionniste de sons, une merveille d’harmonies et de couleurs instrumentales (cordes, bois, harpe), une méditation musicale presque sans interruption entre les différents tableaux qui constituent la pièce. Chaque personnage a son leitmotiv instrumental : Golaud le chasseur, l’adulte terre-à-terre, s’oppose à l’enfantine et mystérieuse Mélisande, qui trouve dans son beau-frère Pelléas son alter ego. Il n’y a pas de grands airs mais un flux presque continu de dialogues chantés accompagnés de l’orchestre et parfois, aussi, de silence. J’y ai trouvé onirisme et sensualité, mélancolie, fluidité et transparence (comme cette eau présente en filigrane tout au long de l’action), sensibilité et subtilité, violence et brutalité, ainsi qu'une alternance de lumière et d’obscurité.

La diversité de la musique classique, souvent méconnue, ne cesse de m’impressionner. Voilà pourquoi je suis toujours gênée quand on me demande quel est mon compositeur préféré. Comment choisir entre l’éclat d’Offenbach, la tension dramatique de Poulenc et l’onirisme de Debussy ? Alors, contrairement à cet étrange collègue qui me dit très sérieusement qu'il adore l'opéra parce qu'il y dort très bien (sic), je me laisse gagner par ce spectacle total qui met tous mes sens en éveil.

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Léa

Ce que j'aime : la musique et le chant, les livres, les langues et les voyages, la montagne et plus généralement la nature, sans oublier les après-midis passés à cuisiner en écoutant la radio.

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