Infertilité

La vie sans enfant non choisie, côté pile

Faute de temps, j’ai laissé passer la World Childless Week 2019 sans rien publier. Je voudrais me rattraper avec deux articles qui représentent des facettes différentes de ma vie de femme sans enfant. Côté pile, le retour de la joie dans mon quotidien grâce à l’acceptation, et avec elle la capacité de ne plus être autant blessée face à tout ce qui a trait à la parentalité.

Je reviens d’un mariage à l’occasion duquel j’ai revu mon groupe d’amis de lycée. Pendant plusieurs années, j’ai craint les retrouvailles lors desquelles il me semblait voir dans la situation familiale de mes amis tout ce que j’avais espéré, sans succès, construire moi-même. Je souhaitais aussi éviter les situations comme les mariages où chacun joue un rôle, affichant son bonheur même s’il n’est que façade, parce que c’est la règle du jeu. Mais ce week-end a été l’occasion de mesurer les progrès réalisés.

La cérémonie civile à la mairie a certes laissé une place importante à la lecture des obligations des époux envers leurs enfants, mais plutôt que de comprendre cela comme une injonction aux couples mariés de se reproduire, j’ai décidé de l’interpréter comme une volonté de l'Etat de s’assurer que les parents mettaient au monde des enfants en connaissance de cause, en ayant conscience de leurs devoirs.

Lors de la soirée, j’ai coupé une invitée qui me disait pour la deuxième fois, de façon insistante « Tu verras, quand tu auras des enfants… », pour lui dire sans ciller que je n’en aurais pas. Avant d’enchaîner légèrement sur un autre sujet, j’ai regardé son embarras extrême et sa stupéfaction absolue et considéré que son inconfort de quelques secondes était loin de valoir la souffrance ou l’agacement que ses commentaires entrainaient chez les autres, qu’ils soient infertiles ou non. J’ai été fière de pouvoir parler ainsi sans honte et sans pleurs, pour faire ce que je considère désormais comme mon devoir, non pas pour moi, mais pour celles qui me suivront : faire comprendre à ces personnes qu’il y a des choses apparemment anodines dont on ne peut pas parler.

Je me suis amusée comme une enfant avec la fille d’une amie et ai reconnu ma chance de compter dans mon entourage des parents qui apprenaient à leurs enfants l’ouverture aux autres.

J’ai apprécié de parler de sujets variés avec des parents qui restaient face à moi avant tout mes amis, et qui ne cherchaient pas à sur-incarner leur rôle de mère ou de père.

J’ai savouré qu’aucun invité ne fasse de discours, comme j’en avais déjà entendus, pour évoquer les enfants que le couple ne manquerait pas d’avoir, qui aurait sonné à mes oreilles comme une impardonnable indiscrétion, un ennuyeux aveu de conformisme et une promesse mensongère de procréation facile.

J’ai entendu certains parents me raconter des choses qui, me semble-t-il, ne sont jamais évoquées, comme le spasme du sanglot du bébé, et je me suis dit que derrière l’image idéalisée que la société tentait de donner de la parentalité se cachait une réalité beaucoup plus contrastée, faite de peurs et de doutes.

J’ai mesuré le luxe de pouvoir faire une sieste ou aller me promener quand je le voulais, sans avoir à composer avec les besoins d’un petit enfant.

Parfois, un tel sentiment de sérénité m’envahit que je me dis que ma vie n’aurait pas pu être plus belle qu’aujourd’hui. Cette sérénité, je me l'explique par le fait que, même sans être mère aux yeux des autres, mes enfants existent. Ils sont dans l’amour qui me lie à mon mari. Ce sont eux qui m’ont fait comprendre que j’étais malheureuse dans mon travail et me donnent la force de changer ma situation. C’est grâce à eux que j’ai fait la paix avec mon corps et que mes relations avec ma famille sont aujourd’hui plus apaisées. Ce sont eux qui me font écrire ici pour que je redécouvre à quel point j’aime les mots. Ils sont là, encore, quand je joue avec les enfants de mes amis. Mes enfants sont tout cela, cette force tranquille que je n'aurais jamais pensé pouvoir éprouver.

Author image

Léa

Ce que j'aime : la musique et le chant, les livres, les langues et les voyages, la montagne et plus généralement la nature, sans oublier les après-midis passés à cuisiner en écoutant la radio.

Pour laisser un commentaire, vous pouvez créer un compte Disqus ou bien commenter en tant qu'invité. Pour cela, écrivez votre commentaire, entrez votre nom ou pseudonyme sous la mention "Inscrivez-vous sur Disqus", votre adresse mail, puis cochez les cases "Je préfère publier en tant qu'invité" ainsi que les deux premières cases sur les conditions d'utilisation et la politique de confidentialité de Disqus.