Infertilité

La vie sans enfant non choisie, côté face

Il me semble être parfois tellement en paix avec mon statut de non mère que je me demande s’il n’y avait pas chez moi, dès le début, une certaine ambivalence dans le désir d’enfant. Mais, côté face de ma vie, quelques situations me font régulièrement constater, sans doute possible, que je ne serai jamais « childfree », libre d’enfant, mais toujours « childless », une femme sans enfant.

Par exemple, quand une amie très chère à mon cœur, qui a eu des difficultés à concevoir comme nous, m’apprend, avec toute la douceur et la délicatesse dont elle est capable, qu’elle attend finalement un enfant, et que ma vue se brouille comme par réflexe, sans que je puisse rien y faire, en me disant : « et si nous avions continué ? ». Et quand je constate que ma propre tristesse va jusqu’à occulter la joie que je peux éprouver pour elle, puis quand, une fois le choc passé et comme pour conjurer le sort, je ne m’autorise pas à me réjouir pleinement tant que l’enfant n’est pas né.

Quand un couple semble avoir facilement et rapidement son premier enfant et que je me surprends à trouver cette nature que j’aime tant incroyablement cruelle et injuste, surtout si la femme est plus âgée que moi ou ne prend pas soin de sa santé.

Quand j’ai peur, sûrement à tort, que notre statut de couple sans enfant ne nous rende moins intéressants aux yeux de ma famille, dont le réseau social est plein de photos de bébés.

Ou encore, quand je crains que l’absence d’enfants n’affecte nos relations avec nos amis, presque tous parents, ou que mon mari ne me reproche un jour d’avoir baissé les bras si tôt.

Dans ces moments, je revis, en l’espace de quelques secondes, les mois de désespoir total que j’ai traversés il y a maintenant plus de 2 ans. Ces chocs, qui restent brefs, sont comme le réveil des cicatrices laissées par mon traumatisme et je comprends que le deuil d’enfant m’accompagnera toute ma vie, même si son intensité diminue peu à peu.

Alors, je m’efforce de voir ce qui est beau dans ma vie telle qu'elle est aujourd'hui et de me remémorer toutes les raisons qui m’ont fait refuser de continuer la médicalisation de notre désir d’enfant : ce besoin vital que j’ai eu de sortir d’une spirale infernale faite d’espoir et de désolation. Le temps aidant, je sais aussi que ma tristesse ne durera pas et qu’il est indispensable à ma santé mentale de faire ce deuil sans continuer à espérer vainement. Les études scientifiques, au sujet duquel Artemise a relayé deux articles en français et en anglais, corroborent cette intuition, à laquelle je m'accroche jusqu'à ce que la tempête se calme.

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Léa

Ce que j'aime : la musique et le chant, les livres, les langues et les voyages, la montagne et plus généralement la nature, sans oublier les après-midis passés à cuisiner en écoutant la radio.

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