Inspirations

La nature devant notre porte

En ces temps confinés, quand je ne supporte plus de rester clouée sur ma chaise devant un écran, je m’adonne à une des rares activités qui m’est encore autorisée et dont je n’ai encore jamais parlé sur ce blog : observer la nature. J’entends par nature tous les êtres vivants qui nous entourent mais auxquels nous ne prêtons souvent aucune attention : une fleur qui parvient à pousser presque sans sol, entre deux pavés, un scarabée aux reflets métalliques en train de se nourrir de pollen, un minuscule oiseau dans les buissons.

Au fil de mes promenades, je me penche sur les bords des chemins pour découvrir les plantes qui s’y cachent. Si j’apprécie la beauté des fleurs cultivées, ce qui m’intéresse avant tout, c’est la flore spontanée. Ces herbes folles qui poussent sans qu’on n’ait rien demandé, incroyablement tenaces et indépendantes, qu’au mieux on ne remarque pas, ou au pire qui agacent. Je m’émerveille de l’ingéniosité des plantes, ces « altérités » dont parle si bien le botaniste Francis Hallé. Pour s’en convaincre, il suffit par exemple de lire cet article sur « l’insoupçonnable génie des plantes ». J'admire les arbres qui, toujours selon Francis Hallé, sont des maîtres du temps, à défaut de maîtriser l'espace. Tout le contraire de nous, animaux, qui devons nous déplacer pour contrebalancer notre mauvaise gestion du temps – état de fait qui rend notre situation difficile quand nous sommes confinés non plus seulement dans le temps, mais aussi dans l'espace.

De haut en bas et de gauche à droite : pâquerette, potentille, myosotis, bourse à pasteur, euphorbe, lierre terrestre, lin, véronique, arum

Les animaux ne sont pas en reste. Il y en a beaucoup, pour peu qu’on ouvre ses yeux et ses oreilles. De notre balcon, en ville, nous avons dénombré plus de 30 espèces d'oiseaux : pie, merle, corneille, mésanges bleue et charbonnière, rouge-gorge, pinson des arbres, mais aussi pic vert, serin cini, chardonneret élégant, voire des raretés comme le martinet à ventre blanc et la huppe fasciée.

De haut en bas et de gauche à droite : merle femelle, sittelle torchepot, rougequeue noir mâle, cétoine dorée, rouge-gorge, écureuil roux, mésange bleue, huppe fasciée, pinson des arbres mâle

Nul besoin de voyager loin, nul besoin d’exotisme pour découvrir la diversité des espèces qui nous entourent. Rien qu’à Paris, une centaine d'espèces d’oiseaux différentes ont été recensées en 2018, et la ville n’est pas forcément moins bien lotie que certaines campagnes aux paysages très uniformes.

Avec le confinement, les articles se multiplient dans la presse : les citadins redécouvrent une nature qu’ils pensaient absente des villes, les plantes peuvent enfin fleurir sur les trottoirs, les chants d’oiseaux sont à nouveau audibles. Sur France Culture, Hervé Gardette termine une de ses chroniques ainsi : «  C’est le grand paradoxe de cette période de confinement, que de nous faire entendre ce qui est en train de disparaitre. » Car le Covid-19, c’est avant tout la pandémie d’une biodiversité maltraitée. Dans l'indifférence générale, nous détruisons et déstabilisons les écosystèmes, en particulier les écosystèmes forestiers et les zones humides, et entrons ainsi en contact avec des animaux réservoirs de virus qui n’auraient jamais rencontré l’homme sans cela. Cela n'est pas que le problème d'une minorité : par nos choix de consommation, nous avons tous, directement ou indirectement, un impact sur ces grands équilibres.

Il ne s’agit pas que d’un rêve de naturaliste passionnée de plantes et d’animaux : c’est en protégeant cette nature dont nous faisons partie que nous nous protégerons nous-mêmes, car le vivant est fait d'interactions. L’exemple de la disparition des vautours en Inde qui entraîne des épidémies de rage est éloquent. Pour cela, il nous faut connaître et comprendre ce qui nous entoure, pour tenter d'anticiper les effets de nos actions. Car on ne protège que ce que l'on connaît.

Le premier pas vers la connaissance est de nommer les choses. La botanique, par exemple, permet non seulement de nommer les plantes pour mettre quelque ordre dans l'incroyable diversité du vivant, mais également de les décrire en détail, ce qui est loin d’être anodin pour comprendre leur rôle dans les écosystèmes. Peut-être la biologie m’intéresse-t-elle tant justement car elle s’accorde avec la démarche que j’applique dans tous les domaines de la vie : mettre des mots sur ce qui m’entoure, aussi bien sur une actualité politique ou une œuvre d’art que sur ce qui se passe en moi quand je traverse une crise.

C’est souvent en décrivant la réalité que nous prenons conscience de son existence. Comme le dit l’écrivain Philippe Annocque, « Le nom donne à voir ce qui nous échappait. Depuis que je sais le nom de l’accenteur mouchet, il y en a plein mon jardin. » C’est aussi pourquoi, dans mon premier article sur ce blog, je disais être dérangée par le fait que les femmes en deuil d’enfant n’aient pas de nom.

La deuxième étape de la connaissance est de chercher à comprendre. Par exemple, un jardin tiré au cordeau aura moins de chance d’accueillir des coccinelles auxiliaires de culture qu’un jardin où un tas de feuilles mortes leur permet de passer l’hiver. Les pollinisateurs seront plus fréquents à proximité d'une prairie fleurie que d'un gazon parfaitement tondu. Pourquoi, même à notre échelle, ne pas essayer de moins intervenir pour permettre à de nouveaux équilibres de s'établir ?

Mon conseil pour aller à l'avant de la nature : ouvrez grands vos yeux et vos oreilles. Soyez curieux, comme un enfant. Emerveillez-vous. Avez-vous déjà remarqué la discrète floraison des arbres ? Savez-vous que les capitules des pâquerette se ferment la nuit ? Pouvez-vous essayer de nommer la flore spontanée qui vous entoure ? Combien d’oiseaux ou d’insectes découvrez-vous devant votre porte ? C'est de notre respect pour le vivant et de notre amour pour le non humain que viendra notre survie.

De haut en bas et de gauche à droite : érable plane, érable negundo, charme, peuplier noir, chêne pédonculé, saule marsault

Voici quelques ressources pour en apprendre plus sur cette nature qui nous entoure, à la ville comme ailleurs :

Sur la faune :

Conseils pour observer les animaux

Guide sur les oiseaux communs des villes

Sonothèque de chants d’oiseaux de la LPO d’Île-de-France

Vidéos La minute nature de la revue La Salamandre, toujours très instructives et pédagogiques

Journal La Hulotte pour en savoir plus sur les animaux tout en s’amusant

Site Quel est cet animal ?  qui parle de tous ces animaux qui nous entourent, petits et grands

Programmes de science participative de Vigie-Nature : Comptages d’oiseaux et d’insectes

Sur la flore :

Série de courtes vidéos pédagogiques sur les plantes

Vidéo sur la flore sauvage urbaine

Blog botanique cartoon et ludique Sauvages du Poitou

Outils listés par le réseau Tela Botanica pour connaître et identifier les plantes (en particulier l'application Pl@ntNet)

Programmes de science participative de Vigie-Nature : Sauvages de ma rue et sTREETS

Sur la nature en ville :

Conférence sur la nature en ville organisée par le Muséum national d’histoire naturelle

Sur la biodiversité :

Présentations du biologiste et écologue Gilles Boeuf sur la notion de biodiversité et son lien avec le Covid-19

Podcast du Muséum national d’histoire naturelle Pour que nature vive

Idées pour favoriser la biodiversité dans son jardin

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À propos de Léa

Ce que j'aime : la musique et le chant, les livres, les langues et les voyages, la montagne et plus généralement la nature, sans oublier les après-midis passés à cuisiner en écoutant la radio.

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